
Thierry m’a appelé un mardi de février. Sa conserverie en Aveyron tournait au fioul depuis vingt ans. Les coûts avaient doublé. Ses clients grande distribution réclamaient un bilan carbone. Et le réseau gaz naturel ? À 12 kilomètres. Autant dire sur une autre planète.
Cette situation, je la croise chez des dizaines de directeurs de site chaque année. La bonne nouvelle : des alternatives existent, et certaines transforment cette contrainte en avantage compétitif.
L’essentiel sur l’énergie industrielle hors réseau en 4 points
- Le propane en citerne reste la solution la plus polyvalente pour 80% des sites isolés
- Le biopropane réduit les émissions de 84% par rapport au propane fossile
- Installation complète : comptez 60 à 75 jours de l’audit à la mise en service
- Des aides CEE et ADEME financent une partie significative de la transition
Points clés abordés
Pourquoi votre site industriel se retrouve sans gaz naturel (et ce que ça change)
Le réseau de distribution de gaz naturel couvre environ 9 500 communes en France. Ça paraît beaucoup. Sauf que les zones industrielles rurales, les sites en altitude ou les installations récentes en périphérie passent souvent à côté. Et raccorder un site isolé ? Les devis dépassent régulièrement les 50 000 € pour quelques centaines de mètres.
Ce que ça change concrètement pour vous : vous êtes obligé de gérer votre propre approvisionnement. Stock, livraisons, maintenance. Mais cette autonomie peut devenir un atout si vous choisissez la bonne énergie. Franchement, certains industriels raccordés m’envient cette flexibilité sur les contrats.
Ce que signifie « hors réseau » pour vos process : Vous devez dimensionner votre stockage pour couvrir vos pics de consommation ET les délais de réapprovisionnement. Une erreur de calcul, et c’est l’arrêt de production.
Dans les projets que j’accompagne en zone rurale, notamment pour des industries agroalimentaires, je constate régulièrement que le dimensionnement initial du stockage ne tient pas compte des pics saisonniers. Ce constat est limité à mon périmètre d’intervention et peut varier selon la saisonnalité de l’activité et la capacité logistique locale.
Les 4 énergies qui fonctionnent vraiment hors réseau
Je ne vais pas vous lister les douze options théoriques. L’hydrogène industriel ? Pas mature. La cogénération ? Trop complexe pour 90% des PMI. Concentrons-nous sur ce qui marche aujourd’hui, et que j’ai vu fonctionner sur le terrain.

Le propane en citerne : la polyvalence au service de vos process
Le propane offre un pouvoir calorifique élevé, supérieur à celui du fioul, et permet des montées en température rapides. C’est l’énergie que je recommande en priorité pour les process thermiques exigeants : fours de cuisson, tunnels de séchage, traitement thermique. La citerne se pose en quelques jours. Les équipements modernes atteignent des rendements supérieurs à 95%.
Les professionnels du secteur proposent des solutions complètes pour l’industrie, avec suivi des niveaux de stock par jauge connectée. Pour explorer ces offres adaptées aux sites industriels, vous pouvez consulter les informations disponibles ici.
Mon avis tranché : pour 80% des sites industriels isolés, le propane en citerne reste la solution la plus équilibrée entre performance, coût et simplicité. Je ne dis pas ça pour faire plaisir aux fournisseurs. C’est ce que les retours terrain confirment.
Le fioul : une solution en fin de course
Soyons clairs : le fioul n’a plus de sens économique en 2025. Les prix restent volatils, la maintenance des chaudières coûte cher, et les réglementations se durcissent. J’accompagne actuellement trois sites en transition urgente parce que leurs assureurs refusent de renouveler les contrats sur des installations vieillissantes.
Le seul argument qui reste : « on a toujours fait comme ça ». Ce n’est pas un argument. C’est un risque.
L’électricité : puissante mais pas pour tous les usages
L’électricité fonctionne très bien pour les usages modérés en température. Pompes à chaleur, process sous 100°C. Mais au-delà ? Les coûts explosent. Et en zone rurale, la puissance disponible sur le réseau électrique pose souvent problème. Comptez 6 à 18 mois pour un renforcement de ligne.
Si vous cherchez à comparer les différentes sources d’énergie pour le chauffage, gardez en tête que les contraintes industrielles diffèrent fortement du résidentiel.
| Critère | Propane | Fioul | Électricité |
|---|---|---|---|
| Pouvoir calorifique | Élevé (12,8 kWh/kg) | Élevé (11,9 kWh/kg) | Variable selon usage |
| Émissions CO2 | Modérées | Élevées | Faibles (mix FR) |
| Maintenance | Faible | Lourde | Très faible |
| Process haute T° | Excellent | Bon | Limité |
| Délai installation | 4-6 semaines | Existant | 6-18 mois si renforcement |
Quelle énergie pour votre profil industriel ?
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Process haute température (>200°C) :
Privilégiez le propane ou biopropane. Seules énergies offrant la puissance thermique nécessaire.
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Objectif RSE prioritaire :
Orientez-vous vers le biopropane. Réduction drastique du bilan carbone sans changer d’équipement.
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Budget contraint + habitudes fioul :
Transition progressive vers le propane. ROI rapide grâce aux économies de maintenance.
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Usages thermiques modérés (<100°C) :
L’électricité peut convenir si la puissance réseau est suffisante.
Biopropane : la décarbonation sans compromis sur la performance
Le biopropane, c’est du propane. Même molécule. Même combustion. Même compatibilité avec vos équipements existants. La différence ? Son origine. Il est produit à partir de déchets organiques, d’huiles usagées ou de résidus forestiers.
84%
de réduction des émissions CO2 avec le biopropane vs propane fossile
Selon le communiqué France Gaz Liquides de novembre 2025, le biopropane affiche désormais un facteur d’émission de 42 gCO2e/kWh, officiellement intégré à la Base Empreinte ADEME. Ce niveau équivaut au biométhane.
Ce qui me surprend encore sur le terrain : beaucoup de directeurs industriels ignorent que le biopropane existe. Ou pensent que c’est réservé aux grands groupes. Faux. La montée en puissance de la production rend cette option accessible aux PMI.
Cas concret : fromagerie artisanale en Auvergne
J’ai accompagné le directeur technique d’une fromagerie en moyenne montagne. Son problème : passer du fioul au propane pour les tunnels de séchage, avec une crainte majeure sur la régularité des livraisons en hiver. La solution ? Installation d’une citerne enterrée avec jauge connectée. Les livraisons sont désormais anticipées automatiquement. Aucune rupture en deux hivers.
Pour aller plus loin sur les enjeux environnementaux, vous pouvez explorer les solutions d’énergies renouvelables complémentaires à une transition propane.
Les Plus
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Compatible équipements propane existants -
Réduction 84% émissions CO2 -
Valorisation immédiate bilan RSE
Les Moins
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Surcoût de 10 à 15% vs propane fossile -
Disponibilité variable selon régions
De l’audit à la mise en service : ce qui se passe concrètement
La question qui revient systématiquement : « Combien de temps avant de pouvoir produire avec la nouvelle énergie ? » Voici ce que j’observe sur les projets que je suis.
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Audit énergétique sur site : analyse des consommations, identification des pics -
Étude technique et choix d’implantation de la citerne -
Dépôt dossier ICPE si stockage ≥ 6 tonnes -
Installation citerne et raccordement aux équipements -
Mise en service, réglages et formation des équipes

Concernant la réglementation, l’arrêté du 21 septembre 2017 rubrique ICPE 4718 fixe les seuils : à partir de 6 tonnes de stockage GPL, une déclaration ICPE devient obligatoire. Entre 6 et 50 tonnes, c’est le régime de déclaration. Au-delà, l’autorisation. La distance minimale de 15 mètres des limites du site s’applique aux installations déclarées après le 1er janvier 2018.
Sur le financement, le guide ministériel aides transition écologique 2025 confirme que la 5e période des CEE court jusqu’au 31 décembre 2025. Les travaux doivent être engagés avant cette date pour bénéficier des primes. L’ADEME plafonne ses aides à 300 000 € par projet.
Avant de lancer votre projet : points de contrôle
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Vérifier la puissance électrique disponible sur votre site -
Identifier les pics de consommation saisonniers -
Consulter votre assureur sur les conditions de couverture -
Demander plusieurs devis avec engagement sur délais
Vos questions sur l’énergie industrielle hors réseau
Comment garantir l’approvisionnement en zone isolée ?
Les fournisseurs professionnels équipent les citernes de jauges connectées qui déclenchent automatiquement les commandes de réapprovisionnement. En cas de conditions hivernales difficiles, les tournées sont anticipées. L’autonomie standard d’une citerne industrielle est dimensionnée pour 3 à 6 semaines de consommation normale.
Le passage au propane perturbe-t-il la production ?
L’installation de la citerne et le raccordement s’effectuent généralement sur 2 à 3 jours ouvrés. La mise en service et les réglages prennent une journée supplémentaire. Dans la plupart des cas, l’interruption de production reste inférieure à 48 heures, planifiée pendant une période creuse.
Quelles aides financières pour la transition énergétique industrielle ?
Le dispositif CEE (Certificats d’Économie d’Énergie) permet d’obtenir des primes pour le remplacement de chaudières. L’ADEME finance des études de faisabilité et certains investissements de décarbonation. L’enveloppe 5e période court jusqu’au 31 décembre 2025.
Le biopropane est-il vraiment compatible avec mes équipements actuels ?
Oui. Le biopropane possède exactement les mêmes caractéristiques physico-chimiques que le propane conventionnel. Aucune modification des brûleurs, chaudières ou systèmes de régulation n’est nécessaire. Vous pouvez basculer progressivement ou totalement sans intervention technique.
Quelles sont les obligations réglementaires ICPE ?
Le seuil de déclaration ICPE pour le stockage GPL débute à 6 tonnes. Entre 6 et 50 tonnes, une simple déclaration suffit. Au-delà de 50 tonnes, une autorisation préfectorale est requise. Des visites techniques périodiques sont obligatoires : tous les 48 mois pour les citernes enterrées, 60 mois pour les citernes apparentes.
La prochaine étape pour vous
Vous connaissez maintenant les options. Le propane couvre la majorité des besoins industriels hors réseau. Le biopropane répond aux exigences RSE croissantes. L’électricité reste limitée aux usages modérés.
Plutôt que de trancher dans l’abstrait, la meilleure approche reste l’audit énergétique sur site. Un professionnel analyse vos consommations réelles, identifie vos pics saisonniers, et dimensionne précisément l’installation. C’est la seule façon d’éviter les erreurs de dimensionnement que je constate trop souvent.
Quelle est votre contrainte principale aujourd’hui : les coûts, le bilan carbone, ou la continuité d’approvisionnement ?